26.07.2009
évasions littéraires (4)
Les "évasions littéraires" vont prendre un peu de repos, si l'on peut dire, au mois d'août, votre serviteur s'en allant quelque temps dans la petite ville de Concarneau...
Mais on ne pouvait tenter de conclure ce petit tour d'horizon hispanophone, qui nous a mené à Cuba, au Pérou..., sans évoquer le livre de tous les superlatifs, l'aventure par excellence, le livre sur les livres et leurs dangers, je veux parler bien entendu du "Quijote", Don Quijote de la Mancha, le Don Quichotte dont on a fêté les 400 ans il n'y a pas si longtemps (en 2005).
On a déjà tout dit sur le "Quijote", l'extravagance du personnage, sa folie, son inadaptation à son époque (il est tellement "has been" avant la lettre, coincé dans le Moyen-Age en pleine Renaissance...), alors j'ai simplement choisi un extrait des Mots et des choses de Michel Foucault pour tenter de présenter le personnage :
"Tout son être n'est que langage, texte, feuillets imprimés, histoire déjà transcrite. Il est fait de mots entrecroisés ; c'est de l'écriture errant dans le monde parmi la ressemblance des choses. Pas tout à fait cependant : car en sa réalité de pauvre hidalgo, il ne peut devenir le chevalier qu'en écoutant de loin l'épopée séculaire qui formule la Loi. Le livre est moins son existence que son devoir. Sans cesse il doit le consulter afin de savoir que faire et que dire, et quels signes donner à lui-même et aux autres pour montrer qu'il est bien de même nature que le texte dont il est issu. Les romans de chevalerie ont écrit une fois pour toutes la prescription de son aventure. Et chaque épisode, chaque décision, chaque exploit seront signes que Don Quichotte est en effet semblable à tous ces signes qu’il a décalqués." (p.60)
niveaux :
- collège (traduction, en version abrégée)
- bons élèves de lycée (traduction, en version intégrale)
- élèves des classes préparatoires aux grandes écoles (en VO intégrale)
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16.07.2009
évasions littéraires (3)
Le livre de la semaine est un peu personnel, et pourtant son auteur vient de l'autre bout du monde, du Pérou exactement.
Il a été porté à l'écran, mais le film est vraiment mauvais... (Francisco Lombardi, 1998)
Il s'agit de No se lo digas a nadie de Jaime Bayly.
Autant le dire tout de suite, ce n'est pas un livre très drôle, c'est le récit du parcours chaotique d'un jeune homme de la classe dirigeante péruvienne, coincé entre "l'Opus Dei" de sa mère et le machisme de son père, un jeune homme qui se sait "différent" et qui va devoir passer par toutes sortes d'étapes, souvent traumatisantes, pour pouvoir s'accepter, à défaut d'être accepté tel qu'il est.
Je retiens particulièrement le cri de détresse à sa mère, vers la fin du livre (c'est en espagnol, mais je pense que ce n'est pas très difficile à comprendre, même si on ne connaît pas parfaitement la langue...) :
“tienes que entender que soy homosexual, mama, siempre fui homosexual, probablemente cuando estaba en tu barriga ya me estaba haciendo homosexual, pero no por eso soy una mala persona, no por eso dejo de quererte, si solo pudieras entender que no soy homosexual para fregarte, para vengarme de ti, que soy homosexual porque esa es mi naturaleza y porque yo no la puedo cambiar, y por favor, no veas mi homosexualidad como un castigo de Dios, no la veas como algo terrible, porque no lo es, míralo mas bien como una oportunidad para entender mejor a la gente, para entender que las cosas son mas complejas de lo que a veces parecen, que las cosas no siempre son blancas o negras, comprende, por favor, mama, que al final lo único importante es que yo también te quiero, te quiero muchísimo, adoro tus caprichos y tus cucufaterias, pero yo no puedo dejar de ser quien soy, no puedo ni quiero dejar de ser quien soy, y tengo que aprender a quererme, y a respetarme, y a no traicionar mi orientación sexual, y a decirle a la gente que soy homosexual sin que por eso se me ponga roja la cara, y sin que sienta sucio, cochino, una mala persona, porque no lo soy, soy tu hijo, te quiero, soy homosexual, y soy una buena persona, y si Dios existe, El te contara un día en el cielo por qué le provoco hacerme homosexual.”
Bref, ce n'est pas vraiment le livre idéal pour rigoler sur la plage, mais un témoignage que je trouve néanmoins intéressant sur la société péruvienne et sur le poids d'une morale catholique qui peut être étouffante et pousser certaines personnes qui ne rentrent pas dans le "moule" dans d'effrayantes extrémités... avec quand même un peu d'humour, parfois, pour rendre le récit supportable :
“- Eres una intolerante, una homophobica (...)
(à sa mère)
- Yo soy un poquito claustrofobia con los ascensores y con los aviones, pero nada mas”
(réponse de la mère)
00:56 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.07.2009
Faire-part de naissance
Nous avons le plaisir de vous annoncer la naissance d'un petit blog, consacré plus particulièrement à la littérature, rédigé par l'un des contributeurs d'ETHIQUE DES TIC, qui se veut complémentaire aux "escales littéraires" de l'été, avec une orientation moins "capes doc" et plus "délires littéraires"... ou délires persos !... evadezvouslisez.over-blog.com
Concrètement, ce blog me permettra de donner à lire de vieux textes que je garde en archives, de faire part de coups de coeur ou de coups de gueule un peu "persos" sans engager la responsabilité des autres contributeurs de ce beau blog que vous lisez avec fidélité (merci !!!) Je n'en demeure pas moins fidèle aux "escales littéraires" de l'été et au "livre de la semaine" tout au long de l'année !
Juan
15:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.07.2009
évasions littéraires (2)
Nouvelle escale, nouvelles aventures, avec Reinaldo Arenas, à Cuba : Antes que anochezca (Avant la nuit, en français, porté à l'écran en 2000 par Julian Schnabel)
Au travers de cette oeuvre autobiographique, sans fard, souvent émouvante, Arenas retrace la révolution castriste, à laquelle il a cru d'abord lui aussi, avant de subir de plein fouet la désillusion puis les représailles de la dictature de "Fidel". L'écrivain et l'homosexuel sont également persécutés, vie "publique" et "privée" sont l'une et l'autre synonymes de menaces politiques, d'emprisonnements potentiels (l'éventualité ne restant pas purement abstraite...)
En même temps, il ne se prend pas au sérieux et met en garde ses lecteurs : les désillusions qui peuvent venir de partout : "J'ai toujours pensé que les écrivains, il vaut mieux les lire et les connaître de loin, surtout pas personnellement, car on va au-devant de terribles désillusions."
Il parle de la terrible maladie qui le ronge, aussi féroce que la dictature qu'il subit. Des deux maux, on ne sait plus très bien lequel est le plus terrible, le plus oppressant, le plus "quotidien" : « L'hiver 87, j'ai cru que j'allais mourir. Depuis des mois, j'avais de terribles poussées de fièvre. Diagnostic : sida... J'ai pris un billet pour Miami, décidé à mourir au bord de la mer... Cependant, comme sous l'effet d'une bureaucratie diabolique, tout ce que l'on désire tarde à s'accomplir, même la mort. »
Il n'idéalise pas pour autant les Etats-Unis, loin de là. Il montre le rejet qu'il subit, une fois atteint (enfin...) quelques mois avant sa mort et dans des circonstances épiques (avec les malades mentaux et les criminels, sympa pour les "pédés" cubains !) une terre hors de portée des sbires "rouges".
Il dit comment les pauvres y sont marginalisés, il explique que la patrie de la "liberté" qui le recueille n'est pas pour autant celle de l'égalité entre les hommes (il faut dire aussi qu'il débarque à Miami...)
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Julian Schnabel était déjà le réalisateur d'un film sur le peintre Jean-Michel Basquiat, en 1996. A chaque fois, il filme le pouvoir libérateur de l'art contre l'oppression, qu'elle soit sociale ou politique.
20:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note























